Les initiatrices du projet ont lancé l’idée d’explorer les thèmes de passage, de mouvement migratoire, de trafic, de déplacement. Je jongle encore avec quelques idées pour aborder ces thèmes; toutes tournent autour du langage, évidemment.
…mes réflexions sur les thèmes proposés m’amènent différentes images. À travers la migration ou le voyage, notre langue s’enrichit de la culture ambiante; des mots s’effacent, alors que d’autres s’imprègnent en nous. Pour les voyageurs et les migrants chroniques, le langage se pense sous forme de strates, de bribes superposées, un collage fait d’apparitions et de disparitions. Je ne crois plus que le langage puisse vraiment se détériorer sous l’effet des migrations. Il devient simplement plus riche, plus coloré, marqué par le pouvoir évocateur de ces mots étrangers qui s’y glissent et que la mémoire a choisi de conserver, plutôt que d’autres. Les mots qui ne sont plus utilisés au quotidien formeront le terreau fertile pour que s’enracinent d’autres mots. Je suis fascinée par la relation de chacun à ce jardin de mots. Dans mon dernier projet (Alphabets), j’ai rencontré plusieurs femmes qui m’ont parlé de leurs langues maternelles et j’ai pu voir la manière dont chacune entretenait ce jardin, s’attachait ou non à ce devoir de mémoire ou laissait de nouvelles pousses envahir le terrain des mots de leur enfance…
…la migration nous questionne sur notre rapport au passé et à notre identité. J’aime observer comment les gens jardinent, bricolent, cuisinent de leurs mains et de leur mémoire, pour parvenir à transmettre et à faire vivre la saveur de leur culture. J’aime aussi voir comment les cultures s’absorbent et s’enrichissent entre-elles …
…une amie argentine qui vit à Montréal depuis quelques années m’a parlé du lunfardo, langage issu de l’arrivée massive d’Européens à Buenos Aires et à Montevideo. C’est le langage du tango, qui colore l’espagnol argentin. Je songe à créer une œuvre où se croiseraient l’argot québécois et le lunfardo argentin. La forme est encore floue mais je voudrais créer un mouvement fluide entre les deux dialectes et donner à chacun une matérialité particulière…
…je possède chez moi une boîte de mots découpés que je me suis amusée à coudre il y a quelques années, en vagues, en spirales. J’ai idée de construire des petites boîtes remplies de mots, ou de phrases et d’explorer les multiples possibilités pour empaqueter le langage : en pile, en boules, plié, ébouriffé, enroulé. Que ces façons de contenir le langage parlent de notre bagage linguistique, de ses failles, de ses interstices, de ses trop pleins et de ses silences…
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